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« Nous espérons aider les enseignants indonésiens à mieux informer leurs élèves sur l’Holocauste et des génocides »

Baskara T. Wardaya est le directeur du Centre d’études sur la démocratie et les droits de l’homme (PUSDEMA) de l’Université Sanata Dharma à Yogyakarta, en Indonésie. En 2017, il a participé, avec Juharyanto de l’Université d’État de Malang (Java oriental) et Kartika Pratiwi du Forum Kotakhitam (Yogyakarta, Indonésie), à la deuxième Conférence internationale sur l’éducation et l’Holocauste (ICEH). Tintin Kartini, du Centre pour le développement de l’éducation de la petite enfance et de l’éducation communautaire de Java ouest, sous la tutelle du Ministère de l’éducation, s’est également joint à l’équipe. Avec le soutien de l’UNESCO et le Musée du Mémorial de l’Holocauste des États-Unis (USHMM), l’équipe a ensuite mis en place une série d’ateliers sur l’enseignement de l’Holocauste et des génocides à l’intention des enseignants indonésiens. Le premier atelier s’est tenu le 28 juillet 2018 à l’Université Sanata Dharma.

 

Pourquoi est-il important d’encourager l’enseignement et l’apprentissage de l’Holocauste et des génocides en Indonésie ?

 

En Indonésie, l’Holocauste est un thème rarement abordé en public, dans les médias, ainsi que dans le milieu universitaire. Les Indonésiens ont un accès très limité aux ressources sur ce sujet, et il y a très peu d’universitaires indonésiens spécialistes dans ce domaine. En général, les connaissances des Indonésiens sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et le génocide des Juifs et leur intérêt pour ce sujet sont plutôt limités.

 

En tant qu’éducateurs, nous ne pouvons nous permettre de laisser s’échapper de la mémoire collective humaine une atrocité aussi innommable. L’Holocauste a été l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire humaine, et nous devons l’étudier et en tirer les leçons. Ces leçons sont en effet très importantes et utiles pour l’enseignement et l’apprentissage relatifs aux autres cas de génocides et de violations des droits de l’homme, notamment ceux qui ont eu lieu en Indonésie. En 1965, entre 500 000 et 1 000 000 de civils indonésiens ont été victimes de massacres, parce qu’ils étaient accusés de soutenir les idées communistes.

 

Encore aujourd’hui, il existe en Indonésie une forte réticence générale à tout discours au sujet de ces violations des droits de l’homme commises dans le passé. Les tentatives d’aborder le passé rencontrent généralement une vive opposition. Cela affecte en particulier les survivants et les victimes, dont les points de vue sont souvent négligés. Par ailleurs, de forts sentiments anti-israéliens et antisémites sont malheureusement assez présents en Indonésie.

 

C’est pourquoi il est très important que nous, Indonésiens, en sachions plus sur l’Holocauste. Nous devons enseigner et apprendre non seulement ce qui s’est passé, mais aussi pourquoi et comment cela s’est passé, qui était impliqué, et quel a été l’impact à long terme. L’enseignement de cet événement catastrophique peut nous aider à tirer des leçons qui sont importantes pour faire face à notre propre passé violent et à nos problèmes dans la société indonésienne actuelle.

 

En quoi votre projet contribue-t-il à améliorer l’enseignement de l’Holocauste et des génocides en Indonésie ?

 

Avec notre projet, nous voulons aider les Indonésiens, en particulier les enseignants, à mieux comprendre les thématiques liées à l’Holocauste et aux autres cas de violations des droits de l’homme. Pour ce faire, nous avons organisé deux ateliers à l’intention des enseignants à l’Université de Sanata Dharma, à Yogyakarta. Durant le premier atelier, qui s’est tenu le 28 juillet 2018, nous avons présenté aux participants l’histoire de l’Holocauste et nous leur avons fourni des informations détaillées sur son contexte et ses dimensions sociales, politiques, religieuses et personnelles. Nous avons également mis à leur disposition des outils pédagogiques adaptés à l’enseignement et à l’apprentissage sur l’Holocauste et portant sur la situation problématique des droits de l’homme en Indonésie. Nous avons encouragé les participants au premier atelier à intégrer ces matériels et de nouvelles perspectives dans leurs cours.

 

Le second atelier, que nous allons organiser en octobre 2018, donnera aux enseignants l’occasion d’échanger et de réfléchir sur leurs expériences. Ils auront la possibilité de se pencher sur les pratiques à adopter en classe pour enseigner l’Holocauste et les autres questions relatives aux droits de l’homme.

 

Nous espérons que nos ateliers permettront aux enseignants de mieux informer leurs élèves sur ces thèmes importants et qu’ils les inciteront à en apprendre davantage sur ces derniers et sur la manière dont ils résonnent aujourd’hui.

 

Comment avez-vous aidé les participants à l’atelier à aborder le sujet ?

 

Nous avons employé différentes approches pour impliquer les enseignants dans les séances de nos ateliers. L’une d’elles a été par le biais des histoires personnelles : lorsque nous étions à Washington pour la Conférence internationale sur l’éducation et l’Holocauste (ICEH), nous avons rencontré Alfred Munzer, qui a survécu à l’Holocauste alors qu’il était enfant, parce qu’il a été caché par une famille indonésienne qui vivait aux Pays-Bas. Durant l’atelier, nous avons utilisé son histoire pour illustrer en quoi l’histoire de l’Holocauste peut être reliée à l’Indonésie de façon inattendue. Nous avons vu un documentaire sur Alfred Munzer qui montre à quel point il conserve un lien émotionnel fort avec l’Indonésie encore aujourd’hui.

 

Pour établir d’autres liens entre les enseignements de l’histoire de l’Holocauste et l’Indonésie, nous nous sommes également penchés sur les violations des droits de l’homme qui ont eu lieu dans le pays dans les années 1960. La plupart des leçons tirées de l’Holocauste, telles que les dangers de la propagande et la stigmatisation de certains groupes démographiques, peuvent aussi être appliquées au passé violent de notre pays.

 

En passant en revue les connaissances déjà acquises sur ces deux événements historiques et en s’appuyant sur cette base pour en améliorer la compréhension, nous espérons inciter les enseignants à transmettre ces connaissances à leurs élèves. Pour cette raison, nous avons également fourni aux enseignants participant à l’atelier des matériels et méthodes pédagogiques afin de les aider à élaborer leurs propres plans de cours.

 

Les commentaires que nous avons reçus des participants à l’atelier révèlent qu’il existe une forte motivation à mettre ces nouvelles connaissances en pratique. En tant qu’éducateur, j’ai l’obligation morale d’informer mes élèves sur l’Holocauste et les autres cas de violations des droits de l’homme qui ont eu lieu dans le passé », a dit un enseignant à l’issue de l’atelier. Un autre participant a rappelé qu’« un événement aussi tragique que l’Holocauste peut se produire n’importe où. C’est pour cela que nous devons étudier l’Holocauste [et ses enseignements]. Nous devons apprendre à nos élèves, qui font partie de la plus jeune génération, à se préparer pour mieux vivre ensemble ».

 

Qu’espérez-vous accomplir avec votre projet ?

 

Nous pensons qu’il est important que les élèves en Indonésie et dans le monde entier soient sensibilisés à l’Holocauste, même si leur pays n’a pas été directement concerné par ces événements historiques. Cet enseignement peut aider les élèves à comprendre que le génocide des Juifs a été une tragédie dont l’onde de choc s’est propagée bien au-delà de ses victimes et de ses auteurs, et dont nous devons tirer les leçons pour l’ensemble de l’humanité. Nous espérons que nos projets y contribueront. Nous voulons aider les enseignants et les élèves du secondaire à « devenir des contributeurs proactifs à un monde plus pacifique, tolérant, inclusif et sûr. » C’est l’un des objectifs de l’éducation à la citoyenneté mondiale, qui s’inscrit dans le cadre de l’agenda Éducation 2030.

 

Nous espérons aussi sensibiliser à la violence qui a frappé l’Indonésie dans les années 1960 et à la façon dont elle a marqué la société indonésienne. Nous espérons qu’une meilleure compréhension de ce passé aidera les élèves à reconnaître les caractéristiques similaires à l’avenir et à empêcher que de tels événements ne se reproduisent.

 

En quoi le soutien de l’UNESCO et de l’USHMM a-t-il contribué au succès de votre projet ?

 

L’UNESCO et l’USHMM sont deux institutions internationalement connues et très respectées. Elles ont toutes deux été d’un grand soutien dès le début du projet : de l’idée de départ d’organiser un atelier sur l’enseignement de l’Holocauste en Indonésie durant l’ICEH 2017, jusqu’au soutien à la mise en œuvre de notre projet aujourd’hui.

 

L’ICEH nous a aidés à comprendre que l’enseignement de l’Holocauste et des génocides pouvait être mis en œuvre à l’échelle mondiale et que de nombreux responsables de l’éducation dans le monde travaillaient sur le même sujet que nous. Cela a été une expérience très motivante.

 

Nous sommes également très reconnaissants à l’UNESCO et à l’USHMM pour le soutien financier et la visibilité internationale que ces deux institutions nous apportent. Grâce à tout cela, nous pouvons montrer que ce que nous faisons dans notre centre à l’Université Sanata Dharma en Indonésie fait partie d’une initiative mondiale qui prépare les jeunes à se considérer comme membres d’une humanité commune, qui œuvre collectivement pour un avenir meilleur.

 

 

URL:

https://fr.unesco.org/news/nous-esperons-aider-enseignants-indonesiens-mieux-informer-leurs-eleves-holocauste-genocides